Réginald Boulos tout-terrain

Le Nouvelliste : Réginald Boulos est partout. Un dimanche avec des étudiants du Bel-Air, le dimanche d’après à Cité Soleil pour la clôture d’un championnat de football. Qu’est-ce qui vous a conduit à participer ces derniers jours à ces activités loin de vos champs habituels?

Réginald Boulos : Nous répondons d’abord à des invitations reçues des étudiants finissants de la faculté de médecine, des élèves du lycée de Pétion-Ville, des étudiants du complexe éducatif du Bel-Air comme nous avons répondu à l’invitation du comité organisateur du championnat de football de Cité Soleil. Ces actions rentrent dans le cadre de nos efforts de rapprochement avec la population. Elles s’inscrivent aussi dans notre démarche qui vise la promotion des idées et des valeurs du mouvement de la Troisième Voie.

L.N : Pour les étudiants ou les footballeurs, avez-vous un message pour eux ou pour d’autres secteurs de la population ?

R.B : Notre message est clair: il est impératif d’appuyer l’éducation et de promouvoir le sport comme outil de combat contre la drogue et l’utilisation des armes. Le Mouvement de la Troisième Voie dénonce la violence des gangs armés de même qu’elle accuse nos dirigeants de n’offrir aux jeunes que l’exemple de la corruption et de la contrebande. Nos élus sont associés à toutes sortes de crimes tels que les massacres de La Saline et de Carrefour-Feuilles ou les actes escroquerie au Sénat ou au Palais national. Notre message est celui de la promotion d’une éducation à une vitesse, de la mise en place de crédits pour les jeunes, la formation professionnelle pour les jeunes de nos bidonvilles ou la mise en place de programmes sportifs pour combattre l’oisiveté et animer leur santé mentale. « Mens sana in corpore sano : un esprit sain dans un corps sain ».

L.N. : Vous étiez dans le Plateau central dernièrement. Le parti s’implante au niveau national ?

R.B. : Le parti est en plein effort de structuration. Nous avons déjà établi des cellules à travers le pays, dans les dix départements. Nous participons à des réunions à tous les niveaux. Le MTV était au Cap-Haïtien le jeudi 22 août, à Hinche et à Mirebalais les 23 et 24 août, à Jérémie le 30 août. Depuis le mois de mai, nous multiplions les réunions de sensibilisation et de promotion du parti. Des activités ont eu lieu à Miragoâne, aux Cayes, St-Louis du Sud, à Torbeck pour ne citer que ces villes. Les cellules militantes à travers le pays seront à la base de la création officielle du parti prévue la fin de l’année.

L.N. : La Troisième Voie est dans l’opposition endormie. Que préparez-vous seul ou avec d’autres groupes ?

R.B. : Nous ne sommes absolument pas dans une opposition endormie. Au contraire, nous nous retrouvons dans deux voies parallèles. La première, c’est le combat pour le départ urgent et pressant de Jovenel Moïse et une transition fondatrice d’un nouvel État dans le cadre de la réforme constitutionnelle et du dialogue national. Notre opposition au pouvoir en place n’est certes pas violente, elle n’est pas pour autant passive. Nous privilégions d’autres formes de lutte plus subtiles, plus efficaces. Mais l’objectif demeure le même. Car, aujourd’hui, notre pays ne peut pas continuer à subir des dommages collatéraux, qui atteignent la population la plus faible, quelque soit l’objectif visé. Il reviendrait à Mr Jovenel Moïse de comprendre que le moment est venu pour lui de tirer sa révérence, d’épargner au pays  les effets néfastes du pouvoir des 7 dernières années. La deuxième voie parallèle, c’est la mise en place d’un parti moderne, transparent ayant une vision claire, un guide idéologique en guise de manifeste et un projet de société qui inclut la création d’emplois, la justice sociale, l’État de droit, l’éducation et la santé.

L.N. : Vous et vos alliées, avez-vous ou allez-vous avoir bientôt des propositions à faire au pays ?

R.B. : Nous avons déjà formulé une proposition d’alternative unitaire et consensuelle avec de nombreux partis. Nous allons travailler avec nos partenaires et alliés sur une proposition pour la réforme constitutionnelle. Nous restons convaincus que, sans une nouvelle Constitution, le pays aura du mal à avancer. Il faut une nouvelle forme de gouvernance et de nouveaux choix politiques. Il faut aussi moraliser le pays et la manière de la diriger. Le procès PetroCaribe est un passage obligé pour rétablir la confiance de la population dans ses dirigeants et dans la démocratie. Il faut combattre l’exclusion et offrir des solutions qui rassemblent et créent l’unité nationale. L’élément fondamental reste le dialogue national pour poser les vrais problèmes du pays. Chacun a sa façon de voir le dialogue. Feu Turneb Delpé parlait de conférence nationale souveraine. René Préval dans sa façon caricaturale citait « gade nan je ».

Propos recueillis par FD